Avant propos



Médium toi-même ! évolue, comme nous tous.

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à la fois identique et différent pourtant, sur :



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1 décembre 2015

LA ROSE

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Une icône, un symbole. Un tableau de pure beauté, la fragilité hérissée de piquants.
Une virginale apparition dans ce désert blanc : une rose pure et unique en soi.

Elle n’a aucune raison de pousser ici, au milieu de ce paysage de pierre et de froid, la nuit, brûlant, le jour. Elle devrait être desséchée, piétinée, broutée, arrachée à sa terre et à son sol.
Mais non : elle persiste, elle résiste, elle se tient juste au milieu du chemin. Il est impossible de l’ignorer, de faire comme si elle n’existait pas. Elle est trop. Trop tout : belle, magique, singulière aussi. Un tel cadeau ne devrait pas être autorisé, tant il dépasse tout. Les rêves et les envies, les croyances et les peurs, les amours et les pleurs.
Cette rose est magique, elle ouvre les cœurs. De ceux qui la regardent, des autres qui n’osent pas. De ceux qui voudraient, des autres qui auraient dû.
Elle n’est qu’au début pourtant, de sa floraison. Elle n’offre aux passants qu’une seule et modeste étoile de pétales, un bijou de corolles et de déliés.

Alors, imaginons.

La rose qui grandit, qui croît, qui se développe jusqu’à atteindre la taille d’un buisson, puis d’un arbre, puis d’une forêt. Un paysage entier de merveilles et de pur bonheur. Un tapis de fleurs et de vert foncé. Un labyrinthe végétal qui incite à l’oubli, de ses angoisses, de ses doutes. De ses rancœurs, de ses déroutes. Un bain de verdure qui transforme et qui crée, de nouvelles pousses, d’autres arbrisseaux, d’inédits bourgeons, de magiques entités, graines, semis, en autant de capsules de vie qui ne demandent qu’à être disséminées.

C’est bouleversant, d’assister ainsi à la naissance d’un nouveau monde, qui ne sera pas de simple facilité, non, les épines sont là pour le rappeler, mais qui consiste en une éclosion de parfums et de senteurs, pour enivrer les âmes égarées, pour leur faire sentir la douceur, d’être reconnues, d’être guidées, d’être ramenées dans le droit chemin, celui de leur destinée.

Une rose ? Une étoile en réalité, un éclat de lumière dans une tige gracile, un rayon blanc dans un écrin vert.

Elle doit éclore, c’est certain, il est hors de question de laisser passer ce printemps !

Alors, petite rose, il importe que tu prennes ton destin en main, ton rôle est trop fort, ton rôle est trop grand. Tu ne peux pas te contenter d’exister, il te faut incarner : ce que tu es, une exploratrice des sentiments, une guerrière de l’âme, une prêtresse de l’oubli. Qui révèle, découvre, combat et soigne aussi.
Ne te crois pas accrochée à ce sol dans lequel tes racines sont ancrées. Là n’est pas ta vraie nature, de silice et de chaux. Que tu aies déjà réussi à te montrer dans un tel chaos tient du miracle en soi. Maintenant, il importe de trouver un meilleur terreau.
À la prochaine rosée, tu te laisseras bercer par le chant de la lumière, par ses rayons généreux. Tu accepteras que ces grains d’énergie traversent ton corps et le nourrissent enfin, le gorgent de cette richesse qu’est l’Amour Infini. Tu comprendras alors la vraie nature ta mission, la seule. Tu regarderas derrière toi, tout ce chemin parcouru. Tu remercieras la Vie de t’avoir conduite jusqu’à nous, puis tu t’en détacheras. À jamais. Pour une nouvelle voie, pour un chemin pavé de diamants, d’or et de bijoux, mais les seuls qui importent vraiment : ceux de l’échange et du partage. Ceux du don et de la main tendue.
Et tu courras dessus, à une vitesse telle que tous peineront à te reconnaître. Que ceux qui t’ont croisée ne verront plus qu’un fil d’argent à l’horizon. Que ceux que tu vas rencontrer, un fil d’Ariane vital et nécessaire.
Ce sera dense, ce sera vibrant, ce sera une explosion de bonté et de chaleur, ce sera ta mission. Etre aux autres pour te retrouver toi.

Alors vas-y, n’attends plus. Quitte cet endroit et parcours la contrée, peut-être perdue au début, mais cela ne durera pas. Ta place est déjà préparée, elle n’attend plus que ton arrivée. Dans un palais immense et généreux : l’humanité.

28 novembre 2015

LA MONTRE GOUSSET

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C’est de la belle ouvrage, vraiment. Un cadran travaillé, des dorures fines et un galbe parfait.
Oui, elle donne l’heure aussi, mais qui s’en soucie ? Son rôle premier est de briller et non de cliqueter. Si elle avait vraiment pour objet de compter, les secondes, les minutes, les heures, elle ne serait pas là, dans ce corsage au chaud.
Elle aime bien sa propriétaire d’ailleurs, cette poitrine généreuse, ce balancement des hanches, un vrai carrousel ambulant !

Ah, il y a aussi ces messieurs, leurs pattes sales sur elle, leur haleine avinée. Heureusement qu’elle sait y faire : elle ferme son clapet d’un coup, ils sont tout surpris et ils partent en courant.

La vie est belle vraiment, à qui sait arriver à oublier les heures qui s’égrènent, que l’on y soit dédié ou bien simple spectateur. Se contenter d’offrir ce que l’on est, pas ce que l’on fait. Briller pour soi et non pour sa fonction.

Être un bel outil de joie, c’est bien suffisant pour combler une vie, et la rendre épanouie, à même de justifier de ces années qui passent et que l’on ne compte pas.

Simplement être aux autres ce que l’on peut, que l’on soit d’orfèvrerie ou de plomb, car chacun a sa place ici-bas. À tous de s’en contenter, pour un monde plus équilibré.


24 novembre 2015

LA CHEVELURE

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Une cascade noire et soyeuse, ondulante et dense. Une masse opaque et obscure de cheveux déployée.
La jeune femme qui l’arbore, se tient fière et droite. Elle a la tête légèrement tournée, n’offrant au regard, qu’une peau laiteuse et claire. Elle semble écouter. Le bruit des vagues ? Le cri des oiseaux ? C’est que le vent souffle, emportant les sons et agitant cette chevelure animée, comme d’une vie propre, d’un secret.
Quelqu’un appelle cette femme. Elle ne se tourne pas, elle continue de fixer l’horizon, ne donnant pour seule réponse que cette barrière capillaire à contempler. Elle ne paraît pas le faire exprès pourtant, au contraire. Elle serait ravie de pouvoir discuter, bavarder, sans de réelle nécessité, de la pluie, du beau temps, des nouvelles de l’année. Simplement pour le plaisir d’entendre sa voix sonner et raisonner dans l’espace alentour, d’apposer la marque de sa présence dans l’immensité du paysage qui la cerne : des falaises de craie, une herbe verte et drue, quelques moutons.
Elle passe la main dans ses cheveux, en un geste machinal et inconscient, pour se rassurer d’exister, d’être toujours incarnée. Elle en est fière, de leur beauté, des compliments qu’ils génèrent, la faisant rougir parfois. Elle sait qu’ils ne sont pas communs, qu’ils inspirent la curiosité, tant ils sont impressionnants, de foisonnement, de vie. Elle doute parfois, d’être considérée pour ce qu’elle est, et non plus pour ce casque exubérant, qui orne son visage et distrait les regards, qui passent vite de ses yeux à cette coiffure, cette presque tiare.
Une bourrasque soudain, un flot de mèches qui vient lui cacher les yeux, envahir sa bouche, lui chatouiller le nez. Elle éternue, tente de discipliner ce fauve hirsute qui l’assaille. Elle peste, elle veut démêler tous ces nœuds, en vain.
Elle se décide alors. Elle plonge la main dans son sac, fouille un temps, et en sort un barrette, singulière elle aussi. Une courbure fine, une texture forte et de métal argenté, et ce trésor alors : un rubis, d’un rouge profond, aux facettes multiples et taillées avec précision, qui orne l’accessoire, le faisant disparaître sous sa magnificence. Tant d’éclats violents paraissent incongrus, pour domestiquer de simples mèches ; autant envoyer une armée plutôt qu’une lettre pour délivrer le message attendu, qui finira submergé par une telle démonstration.
La femme saisit ses cheveux, les divise d’une main assurée, plante la barrette en leur sein, comme une éclaboussure de sang sur le noir ardent.
Elle relâche sa tension, son cou se détend.
Pourquoi n’a-t-elle que ce bijou à portée ? Pourquoi faut-il qu’il ressorte à chaque fois ?
Elle secoue la tête, elle tâche d’oublier. Cette grande maison, ces murs austères, et cette vieille femme : le visage dur, lardé de rides profondes ; la bouche pincée, le nez busqué. Et ces yeux : deux puits sans fond, sous ce chignon énorme, d’un blanc gris.
Elle frissonne. Elle ne pouvait pas refuser. Elle l’avait tellement déçue, elle en est consciente, elle en porte le poids. Elle lui devait des enfants, elle lui devait une lignée. Elle a failli, elle n’a pas réussi, comme ses sœurs, leurs maris fortunés, leurs belles voitures, et ces gosses blonds et vêtus de Loden verts.
Son corps se tend. Elle se raidit. Elle aurait dû, mais elle ne peut pas, le jeter, ce bijou ignoble, comme une marque d’infamie, la preuve qu’elle n’a pas contenté tous les espoirs qu’elle devait. Elle revoit encore le sourire froid, quand elle a reçu de ces mains sèches, ce présent, dans la chambre à coucher. Elle a sursauté, bien sûr, qui ne l’aurait pas fait : le prix de cette pierre, une fortune ! Le poids de cet héritage : des chaînes rouillées. Elle a bredouillé un « Merci », tandis que les regards condescendants de sa fratrie la cernaient. Ils avaient bien compris eux, les icônes, les êtres parfaits, qu’elle n’était plus bonne à rien, qu’elle avait échoué, et qu’elle allait en supporter le trophée, venu du fond des âges, gravé d’un sceau maudit.
Elle tremble maintenant. Pourtant, il fait beau, le soleil ajoute des reflets bleus dans sa chevelure contrainte, à plat.
Elle se met à pleurer, d’un coup, sans pouvoir d’arrêter. Une fontaine de drames qui s’enfuit par ses yeux, un torrent de regrets qui s’échappe enfin. Une vague purificatrice qui libère son cœur, son âme de toute cette chape de plomb, de non-dits, de vouvoiements, de courbettes et de cérémonies.
Elle hurle alors, elle crie sa rage et sa haine de ce temps perdu, à vouloir à tout prix ressembler à ces momies de société, corsetées dans leurs obligations et leurs rites, brillantes en tous points mais déjà mortes en dedans.

Et elle ose, enfin. Elle a compris.

Elle arrache la broche, d’un geste fulgurant, qui emporte avec elle quelques cheveux coincés. Elle est la jette, au loin, du haut de la falaise, dans l’océan, dans l’oubli.
Un pactole qui sombre dans les eaux fouettées d’embruns, peut-être ; mais une malédiction qui disparaît par le fond. Des siècles d’asservissements et de prisons qui se dissolvent dans l’eau salée, sans retour et sans regret.
Un avenir qui s’ouvre en même temps, libéré du carcan d’obligations qui empoisonnaient ce qu’elle était, ce qu’elle voulait, ce qu’elle pouvait.

Ses cheveux volent au vent maintenant, libérés, légers. Elle sourit, étend les bras.

Elle se retourne alors, et elle le voit : des yeux verts, qui l’observent ; un éclat de rire qui fuse. Et l’homme qui s’approche pour lui prendre la main et l’embrasser. Longuement, intensément. Sans un mot.

Tout ce dont elle rêvait, qui vient de commencer.

21 novembre 2015

LE VIEUX TACOT

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Une antiquité. Un monument historique. Une anomalie.
25 km/h en pointe. Pas de toit, pas d’air-bag, et quant au clignotant...
Des pneus en boyaux, des moucherons plein les dents.
Il roule pourtant. Il avance en cahotant, au creux des chemins qui ne connaissent pas encore le goudron, au gré des envies de son conducteur, qui n’a même pas de permis, cela n’existe pas ! Il trace à travers la campagne, salue les vaches, les chevaux, et les demoiselles à volants aussi.
L’été est là, l’air est tranquille, le bruit inexistant… sauf celui du moteur, bien sûr, qui transforme chaque kilomètre avalé en ouragan sonore et pétaradant. Le progrès ? Sûrement, mais pas pour les tympans !
Quelle est la destination de cet étrange attelage ? Un manoir ? Une gare ? Un fossé ? Rien de tout cela : l’avenir, c’est tout ; le simple fait de marquer son avancée, de signifier aux percherons dépassés, qu’ils le seront sous peu, définitivement ; l’unique objet d’habiter l’espace environnant pour marquer l’arrivée d’une ère nouvelle, d’un autre temps.
Un vieux tacot, pour nous peut-être aujourd’hui, mais qui n’est pas si différent de ce qui survient à chaque instant dans notre quotidien : cette révolution de chaque seconde, ces nouveautés qui déferlent sans arrêt, ces courses à la consommation, qui nous transforment à notre insu, en ce conducteur fier et un peu dépassé aussi, avec la peur de rater un virage ou le dernier gadget.
Un vieux tacot, qu’il convient d’arrêter rapidement, avant que le moteur ne chauffe par trop et ne fasse s’envoler le bouchon du radiateur, avant que notre vie ne se transforme en une implosion de notre identité.
C’est maintenant que c’est nécessaire. C’est maintenant qu’il faut actionner les freins. C’est maintenant que l’on doit ouvrir la portière et mettre pied à terre.
Pour se poser près de cette mare. Pour regarder le temps qui passe. Pour profiter de ce que la vitesse démente, la course sans fin, n’offriront jamais : le bonheur de la contemplation.

18 novembre 2015

LE CAÏMAN

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Il est fuselé, avec les yeux qui brillent, glissant dans l’eau sans même générer une ondulation. Tout son être est dédié à ce qu’il est : un chasseur redoutable et aguerri.
Il est un peu imbu de lui-même, il faut le reconnaître. Il n’a pas tort, en un sens, il est parfait : sa peau est un bijou de géométrie, son profil des plus fins. Il ne s’inquiète même pas du lendemain, tant il est obsédé par son reflet dans l’eau. Il sait qu’il plaît aussi, et n’a aucun mal à s’accoupler, juste pour le plaisir, et c’est tout. La nichée, les œufs à enterrer, très peu pour lui.

Nous avons ainsi à faire à une très belle arme de guerre, une guerre de séduction, une guerre de destruction. Des êtres et des sentiments. Des illusions et des projets. Des aventures et des réunions.

Ce caïman est impitoyable : aucune émotion, rien, juste utiliser l’autre, pour le repas ou pour ses jeux, puis le jeter dans le courant, et regarder sa dépouille partir en flottant, sans même un adieu, sans même un sourire, juste pour l’avoir fait.

Inutile de tourner autour du pot, cette bestiole n’est pas notre tasse de thé. Ce n’est pas qu’elle n’est pas remarquable, unique, non ; elle est tout simplement détestable. Elle ne construit rien, elle consomme. Elle ne bâtit pas quoi que ce soit, elle détruit. Elle ne partage pas la moindre richesse, elle se les accapare, sans scrupules ni regret.

Alors, le saurien, tu vas en prendre plein la gueule, jusqu’à exploser, afin que tu comprennes ce que tu as engendré jusque-là.

D’abord, toi le roi des marais, qui te crois invincible et indestructible, tu vas trouver pire que toi. Laisse-nous te présenter : l’alligator ! Eh oui, tu ne t’y attendais pas, hein ? Il est plus gros, mais tu ne l’as pas réalisé, car il ne faisait dépasser que le bout de son museau, au ras de l’eau. Il est plus fort aussi, mais ça, tu ne l’as saisi que lorsque tu as vu sa queue fouetter l’onde à faire un tsunami. Il est plus vicieux encore, tu n’es pas près de l’oublier, vues les cicatrices qui ornent maintenant ton dos.

Bien. Maintenant que nous avons ton attention, et que tu panses tes plaies, tu as peut-être une chance de t’en sortir en un seul morceau.

La première chose à faire, c’est de présenter tes excuses ; à tous ceux que tu as fait souffrir, à la multitude que tu as méprisée, à tout ce peuple que tu as considéré comme moins que rien. Sans eux, tu n’existerais pas, tu serais invisible et perdu, crois-le. S’ils les acceptent, et dans ce cas seulement, tu auras le droit de poursuivre ton existence – dans le cas contraire, tu vas continuer à ramer, et pour un bon bout de temps, jusqu’à ce que la Lune soit rousse, dans plusieurs printemps.
La seconde chose, à ce moment, sera de quitter ce lieu, oui, ton petit paradis de pacha. Tu n’as plus rien à faire ici, tu as déjà tout détruit et ils te haïssent tous. Dis-leur au revoir malgré tout, et va-t’en. Sans délai. Et pars vers une mangrove, un grand fleuve, mais tout autre chose que ce que tu as connu. Et installe-toi, retrouve tes repères, mais surtout, ne repars pas en chasse bille en tête, comme avant. Là, ce n’est plus un alligator que tu croiserais, mais un chasseur, et tu n’aurais pas d’échappatoire. Non, ce qu’il te faut maintenant, c’est construire, un accueil, un gîte, une maison, pour recevoir ceux qui en ont besoin et qui fuient d’autres prédateurs de ton rang. Là seulement, tu auras le droit de souffler, de te reposer, de te régénérer, pour te transformer, enfin, quitter cette peau de plomb, la fendre en deux, et laisser enfin apparaître ta vraie nature : cett fée bleue, ce petit papillon brillant et généreux.

C’est un dur chemin qui t’attend pour arriver jusque-là, mais tu n’as plus le choix dorénavant. Tu en as trop fait, ou pas assez. Alors, n’attends pas de te faire lacérer, prends les devants. Ne rejette pas ce message, cela ne sert à rien, il est déjà prononcé, et ses lettres gravées dans l’Univers entier. Commence ta mue, sans plus tarder, et reconnais t’être fourvoyé. Sinon, tu devras en payer le prix, pour le même résultat.
À toi de voir : la rédemption accueillie, ou l’anéantissement programmé. Dans tous les cas, la fin d’un cycle et la renaissance, dans les rires et la joie, ou aux forceps ; c’est toi qui choisis ; tu es prévenu.

15 novembre 2015

SANS VISAGE

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La tête baissée, les yeux éteints, des cheveux gris de part et d’autre. Un découragement patent, une faiblesse généralisée.
Plus de lumière, plus d’entrain, juste une envie de sombrer.
L’énergie est ailleurs, elle a disparu, absorbée ou dissoute, dans une histoire mouvementée, ou dans un combat vain. La sensation d’être épuisé, fini, sans plus de ressources accessibles ou rêvées.
Quelle est l’issue, quel est l’espoir, dans une telle situation, de vide et de néant, de forces dissoutes dans le combat, de réserves évaporées ?
Il n’y en a qu’une : la patience. Le recueillement, l’attente immobile, la méditation. Il ne sert à rien de courir les gourous, de chasser son ombre, de croire aux miracles et aux faiseurs de palabres étouffants.
Le miracle, c’est nous, c’est chacun, c’est au creux de nos possibilités. C’est la tendresse partagée, c’est l’échange serein, malgré la lassitude, malgré le découragement. Ne pas s’enfermer, ne pas s’enferrer, surtout. Rester ouvert, rester accueillant. Demeurer confiant, demeurer vaillant. Même si l’issue semble incertaine, même si la solution n’apparaît pas.
Le désespoir n’est jamais l’option, si tentante pourtant, si facile aussi. Tout lâcher, ne plus lutter, ne pas faire face et tout laisser tomber, quel soulagement. Ce ne serait cependant que reporter l’inéluctable, le nécessaire : le besoin de se construire face à l’adversité, l’obstacle utile pour prendre son élan.
Alors, n’acceptons pas cette fatalité, qui n’en est pas une, mais le message qu’il importe de considérer ses choix autrement, de se remettre en question, de ne plus garder un cap semé de brisants.
Pour franchir victorieux l’épreuve, pour reconnaître sa victoire après, pour admettre que l’adversité fait surgir en nous des trésors de magie ; celle d’un recommencement, celle d’une naissance à nouveau, celle d’un cadeau béni : la confiance en soi.

12 novembre 2015

LA NYMPHE

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Elle est assise sur une branche moussue, dans le creux de la forêt. Elle paraît songeuse, un peu endormie, comme si les perles de rosée qui l’environnent avaient tissé un cocon de protection afin que rien ne l’atteigne.
Elle est toute virginale, presque transparente. Ses ailes semblent encore froissées d’avoir à peine éclos, ce qui est le cas d’ailleurs. Hier encore, elle n’était qu’une chrysalide compacte et dense, à la fois prison et giron, en devenir de tout, au cœur de rien ; un rêve, un souffle, un possible fragile et doux.

Et puis elle a osé, fendre ce rideau de toile, passer la main, le bras et son être tout entier, dans cette autre dimension, cet espace intrigant et effrayant à la fois : cette forêt foisonnante, ce lieu de vie exubérant.
Elle hésite encore à ce stade. Elle ne sait plus trop si elle doit être joyeuse ou terrifiée de ce qui l’entoure, quand bien même elle se sait bénie et protégée.

Elle doute.

De son rôle, de sa légitimité, de la force et du talent qu’elle pourrait avoir, pour prendre cette place qui lui a été assignée, ou plutôt, qu’elle a choisie, même si elle ne s’en souvient pas.
La gestation a été longue, il est vrai. Elle se rappelle bien, en revanche, le chemin qui l’a conduite à cette décision ; les carrefours empruntés, les rencontres croisées, les pièges évités.

Mais cela n’efface pas l’angoisse, les questions, de se sentir si fragile, si démunie, face à tous ces êtres inconnus.

Qu’elle devine.
Qu’elle sent aussi.
Qu’elle repousse déjà.
Qu’elle n’ose pas écouter.
Qui la pressent de requêtes.
Qui sont insatiables et innombrables.

Elle a peur à vrai dire. Elle sait qui elle est maintenant, elle a compris, mais elle croit qu’il lui manque la Connaissance, la Sagesse et le Don.

Petite nymphe dont la délicatesse est inversement proportionnelle à la volonté...

Tu n’es pas là pour eux, tu es là pour toi d’abord. Avant d’accéder à ces requêtes de tous côtés, prends le temps. De voleter, de fureter, de t’aguerrir et de t’entraîner. Et ça tombe bien, tu es aidée.

Par ce drôle de druide à sandalettes, là-bas. Oui, il fait genre « je suis débordé », mais c’est un farceur, même si c’est vrai. Il adore guider, révéler, et rire surtout. Va agiter tes élytres et tes atermoiements sous son nez, il finira par s’y intéresser et tu auras les clés.

De ce monde auquel tu as accès ; qui n’est pas si différent, avec les mêmes boulets et les mêmes lumières, simplement dans un autre plan.
Des pratiques appropriées pour t’en dépêtrer, ou aider ce qui l’ont demandé.

Car tu es là où tu dois, à la croisée des chemins, impatiente et inquiète, comme un nouveau-né qui prend conscience de tout ce qu’il doit apprivoiser, même s’il a déjà tout compris, tout traduit, mais qu’il lui manque les mots adaptés, les gestes attendus et les codes tolérés. Rien de bien méchant, juste de l’apprentissage, en réalité.

Alors fais risette ! Tout cela est un peu soudain, mais c’est un bien, lumineux et gai.

Profite de ce que tu es, de cette légèreté gagnée, de cette révélation. Tu peux souffler aussi, de soulagement d’avoir réussi le plus dur, en fait : celui de s’accepter tel que l’on est. En l’occurrence, belle et blanche, et sacrément sexy !

Mais ce n’est pas le tout : il y a du travail, du grand qui t’attend. Alors ouvre tes perceptions, écoute les chants légers, la brise tiède, les éclats de voix.

Et nourris-toi de la mélodie de l’Univers, celle qui te transfigurera.

9 novembre 2015

LE PETIT DRAGON

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Il volette tranquillement dans le ciel azuré. Il n’est pas pressé, il sait qu’il a le temps. Le soleil est radieux, la journée à peine commencée, il a tout le loisir d’explorer. Et c’est ce qu’il fait.
Il n’est pas très vieux, en fait, comparé à sa lignée. Les anciens de chez lui ont des milliers d’années, des tas d’histoires enfouies, et des secrets cachés. Lui, on ne lui a pas dit, pas encore, ce qui moisit dans le noir, ce qui est oublié, ce que tous essayent d’ignorer.
Et pourtant.
Il le sent, il n’y peut rien. Il sait qu’il y a un silence trop pesant parfois, un danger passé peut-être, mais dont les répercussions résonnent encore dans la lignée. Et ça le titille, ça le gratte, ça le gène, ça l’embête plus que tout.
Bon, il a essayé de savoir, en posant des questions, à son papy, à sa mamie, les dragons tout fripés, mais rien à faire, ils lui ont ri au nez ou fait comme s’il n’avait rien dit. Cela l’a exaspéré. Enfin quand même, si les grands refusent de répondre à ses interrogations, est-ce que ça vaut la peine de continuer à les respecter ? Est-ce que devenir adulte, c’est juste tout taire et tout cacher, jusqu’à mentir aussi ?

Cette idée, il ne l’accepte pas.

Alors il râle, il rouspète, il crache du feu. Car oui, c’est un dragon, et même petit, il peut tout faire comme il veut : voler dans les nuées, au petit matin frais, ça, c’est bien ; gratter la terre jusqu’à y dénicher des trésors cachés, c’est rigolo aussi ; et tout cramer juste avec son museau, le must absolu ! Voir les flammes sortir de sa gueule et transformer ce qu’elles touchent en torche incandescente, il ne s’en lasse pas. Même au milieu des réunions de famille, ou des festins pris en commun, hop, une petite lichette de feu, et on s’amuse à contempler le souk généré.
Bon, oui, les parents n’aiment pas trop ça, qu’il n’arrête pas de tout brûler, tout le temps. Mais c’est la seule façon qu’il a trouvé d’exprimer sa frustration à ne pas être entendu. Au moins, quand l’incendie menace, on s’intéresse à lui, on ne fait plus semblant de feindre que l’on a pas entendu sa question, et surtout, on trouve une solution vite fait pour qu’il arrête tout !
Mais ça ne le satisfait pas. Il ne comprend toujours pas, pourquoi certaines choses ne devraient pas être répétées, pourquoi les adultes font comme si elles n’avaient jamais existées, pourquoi il y aurait un monde de secrets et un monde de vivants à côté. Enfin, on ne peut pas se couper en deux ! On ne peut pas demander à nos oreilles de ne pas écouter, c’est impossible, il a essayé ! Et lui, il sait parfaitement qu’il y a un truc qui ne va pas dans cette famille. Qu’une ombre pèse sur tous, lui compris, et qu’elle obscurcit leurs vies.
Alors pourquoi personne ne fait rien, ne dit rien ? Ils sont fous ? Ils veulent souffrir sans arrêt ? Lui, il n’est pas d’accord, il ne veut pas porter ce poids, il n’est pas venu pour ça.

Alors il va les emmerder jusqu’à ce que la vérité éclate, ou leur patience aussi, ou les deux, parce qu’il n’a pas d’autre choix.

Vous feriez quoi, vous, si vous voyiez quelqu’un se noyer et que le grand devant, disait : « Ne t’occupe pas, ce n’est rien, tu n’as pas vu ça » ?  Bien sûr que si, il a vu ! Bien sûr que oui, il a entendu les cris d’appel au secours ! Et ces grands coincés dans leurs certitudes, leur incompréhensible passivité, qui ne bougent pas d’un pouce, qui ne tendent pas la main ! C’est insupportable, c’est dément ! Lui ne sera pas cet être passif qui accepte la fatalité. Lui ne sera pas la reproduction de ces lâches et de ces couards. Il va agir, il va faire du bruit, il va crier qu’il faut que ça cesse, qu’il faut faire quelque chose, ou à tout le moins essayer. Pour ne pas regretter toute sa vie et les suivantes, cet instant où tout a basculé.
Oui, il comprend qu’on ne peut pas tout. On ne peut pas sauver le monde à chaque seconde, mais au moins, tenter de bouger son petit caillou qui entrave le chemin est déjà un début, non, à défaut de déplacer les montagnes, c’est un essai ?

S’ils ne sont pas d’accord, il s’en fiche, il ne s’arrêtera pas, maintenant qu’il a compris qu’il ne pouvait compter que sur lui, et que si on dit les choses que l’on voit, les adultes ne nous croient pas. Il a deux yeux, comme eux, des ailes robustes, des griffes acérées, non ? Ils se fichent de lui, c’est certain, mais ça le rend fou, il ne comprend pas, vraiment pas, pourquoi ils agissent comme ça.

On doit laisser les amis se noyer ? Les copains sombrer dans l’eau ? Les frères, les sœurs, finir dans la vase et les cailloux, seuls et désespérés ?
Non, non, non ! Ce ne peut pas être la destinée qu’il va embrasser, de se taire, de faire des ronds de fumée, de croire que le passé n’est pas survenu !!
Ils vont l’entendre, et plus qu’un peu, tant qu’ils ne lui auront pas raconté cette histoire, ce secret qu’ils cachent et qui les rongent. Lui n’en veut pas, il n’est pas prêt à supporter les conséquences de leur apathie, de leurs peurs. Il est tout neuf, et il ne veut pas se pourrir avec ces regrets qui ne sont pas les siens.

Il est un dragon, petit certes, mais dont la puissance n’a rien à envier aux autres. S’ils ne le savent pas, ils vont vite le saisir, car il ne s’arrêtera pas, plus maintenant, que ces cris d’agonie résonnent à ces oreilles sans interruption, tandis que les autres, là, jouent et ripaillent comme si de rien n’était.

Mais ce n’est pas agréable, c’est fatigant, de crier tout le temps pour calmer cette angoisse qui infuse dans son sang, qui n’a rien à y faire, mais qu’on lui impose malgré tout.
Lui, il préférerait jouer, vraiment, seul ou pas. Il a découvert un truc fabuleux dernièrement : il sait faire des loopings, vrai de vrai ! Avec la tête à l’envers et tout ! Dément ! Et puis, il arrive aussi à changer de couleur, quand la Lune est bleue, c’est magique, il devient tout argent, comme un chevalier, il n’en revient pas.
Et il voudrait continuer. À être un bébé dragon, et non pas le récipiendaire des secrets de famille que personne ne veut lui expliquer. Il préfère mille fois caracoler parmi les cimes, plutôt que de voir, encore et encore, ce bras qui se tend par-dessus l’onde noire, cette bouche qui avale de l’eau, trop, jusqu’à n’en plus pouvoir.

Oui, petit dragon, tu peux pleurer, c’est triste, un départ dans une autre dimension, quand tous ceux que tu connais refusent d’admettre que c’est arrivé. Mais, petit dragon, rassure-toi : le petit bonhomme que tu as vu se transformer en poisson n’est pas parti bien loin. Il est là, à vos côtés. Il veille sur vous tous, toi y compris. Il n’est pas malheureux, au contraire, juste un peu surpris que certains refusent encore de considérer qu’il n’est plus là, alors que, ben, c’est la réalité.

La mort n’est pas une fin en soi, juste une transformation. Ce n’est que la poursuite d’une aventure commencée sur Terre, qui se continue dans les étoiles et les soleils, pour l’éternité.

Petit dragon, tu n’as pas à avoir peur, de ce silence des autres, de ces bouches collées. Tu as gagné. Tu as fait éclater ce sceau qui les nouait tous. Tu as vaincu cette omerta, rien que par ta pensée, ta vision et ta vérité. Tu es un sacré costaud, un de ceux qui n’acceptera jamais de se taire, bravo ! Mais prends aussi le temps de t’amuser, tu as le droit. Plus tard viendront les soucis et les responsabilités. Pour le moment, c’est rigolo, profites-en ! Viens te lover dans les bras de ton père, qui n’attend que cela. Viens chatouiller ta maman, qui n’ose plus te le demander.
Et rappelle-toi : tu es un enfant.